Les inventeurs

ENSEIGNANT

Hélène Delprat

Il faut retrouver en soi comment aller trop loin. Ne pas s’empêcher d’explorer. Ce serait se priver de notre vie même, parce que nous vivons tout le temps au-delà de l’extrême, mais en l’occultant de toutes nos forces. C’est peut-être ça, la maladie : que le dépassement soit frappé d’interdiction. (Claude Régy, Espaces perdus)

La philosophie, les sciences, les arts sont trois moyens d’avancer dans la connaissance de nous-mêmes. Ces moyens ont des voies apparemment différentes mais finalement tous doivent – la philosophie en premier – se confronter au doute. La pensée n’avance pas autrement que par des avancées qui sont détruites et remplacées par d’autres avancées. C’est le mouvement de la pensée. (Claude Régy, L’état d’incertitude)

OBJECTIFS

Le cours de dessin étant ouvert sur toutes les pratiques, l’exploration se poursuit et s’élargit en « feuilles volantes et combinaisons ». L’objectif n’est pas la virtuosité mais l’élaboration d’une réflexion qui va permettre la mise en place d’un projet : vecteurs, trajectoires, sauts dans le temps et juxtapositions improbables. Le dessin est le « nerf de la guerre » à la fois spontané et réfléchi et se faufile au travers des connaissances et des idées. On saute du dérisoireà l’essentiel. Du vrai au faux.

Concevoir et réaliser un projet vivant, ambitieux et protéiforme avec le dessin comme fil conducteur. Tenter de définir de quelle nature sera le projet. Le nommer et l’écrire. Il peut se présenter sous forme de film, de conférence. Il peut être performatif. Ce projet doit être ouvert à des influences extérieures et peut mêler différentes approches du dessin : dessin de représentation, dessin de fiction, dessin « à la main » ou dessin numérique. On peut envisager l’animation et même la mise en scène de soi-même, etc… Le dessin peut prendre une forme narrative, documentaire. Réfléchir aux modes les plus propices à la présentation.

CONTENU ET MÉTHODES

Le dessin permet la construction d’une expérience. Comme dans le mythe d’Osiris, il faut assembler-rassembler les morceaux qui nous constituent. Les figures inventoriées s’assemblent et l’on peut parler de montage au sens cinématographique du terme. Des « sujets » seront proposés qui ont pour objectif le changement de perspective dû à la contrainte. « Je changeais continuellement les règles du jeu, la structure générale et les solutions narratives. » (Italo Calvino). « Il faut reconnaître comme création tout ce qui n’est pas encore devenu ce qu’on appelle une oeuvre d’art, ce qui n’a pas encore été immobilisé, ce qui contient directement les impulsions de la vie, ce qui n’est pas encore prêt, organisé, réalisé. » (Tadeusz Kantor, Anti exposition, 1963).

Travail souterrain : les cheminements, échecs, tentatives abandonnées de ce projet seront « racontées » dans une sorte de journal de bord des « inventions ». Les sources et références seront notées et commentées. Selon le sens et la nature de la recherche, on s’interrogera sur des médiums possibles afin d’enrichir le propos. On considérera l’espace (réel ou inventé), l’échelle (monumentale ou pas) ainsi que les moyens mis en oeuvre pour transmettre la pensée. «Try again, fail again, fail better », (Samuel Beckett).

ÉVALUATION

Assiduité. Les qualités appréciées sont la curiosité, l’ouverture à tout ce qui peut affiner la pensée… La capacité à penser « transversalement » et à proposer des chemins d’expérimentation par le dessin. Suivi hebdomadaire des recherches et de l’évolution des propositions de manière individuelle. Suivi mensuel des recherches et de l’évolution des propositions de manière collective. Présentation des travaux en fin de semestre.

Année d’études : 1 ; 2