BEAUX-ARTS DE PARIS
Colloque international
Mercredi 27
et jeudi 28 avril 2016
Entrée libre

L’irRESPONSABILITÉ de l’Artiste
Jean-Marc Bustamante
Directeur

Kathy Alliou
Coordinatrice du colloque,
chef du Département
du développement
scientifique et culturel

La question de la responsabilité – personnelle, sociale, politique –
de l’artiste, est, plus que jamais, centrale. Il ne se passe désormais
guère de semaine sans qu’un scandale, un acte de vandalisme,
une affaire de censure ou d’autocensure dans le monde de l’art ne fasse
la une des journaux. Au moment où la polémique se concentre
sur la sauvegarde de la liberté et de ses fondamentaux, la liberté
d’expression et la liberté de création, les artistes sont souvent
pris pour cible et pris à partie, quand ils interviennent dans l’espace
public, certes, mais aussi pour ce qu’ils montrent dans l’espace
dit dédié  du musée.


C’est tout naturellement le devoir des Beaux-Arts
de Paris que d’inviter aujourd’hui artistes et intellectuels
de toutes origines et de tous horizons à réfléchir
ensemble aux multiples implications de la notion
de responsabilité en art. Un colloque volontairement
intitulé « L’irRESPONSABILITÉ de l’artiste »
(le titre suppose que les créateurs puissent revendiquer
un statut d’exception, mais aussi que ce statut puisse
être discuté…) réunira des personnalités du monde
entier pour débattre, devant un large public, des enjeux
considérables de l’art dans une société qui, d’une certaine
manière, ne cesse de le mettre au défi. Ce débat sera
ouvert, y compris naturellement dans sa forme :
on n’attend pas des artistes, qui ont en partage la capacité
d’inventer des réponses singulières à des questions
inédites, que leur parole soit académique.


La responsabilité est une notion contingente, soumise
à l’évolution historique et aux dynamiques culturelles.
L’artiste peut, certes, créer des îlots de résistance,
mais il peut aussi se voir instrumentaliser par le pouvoir,
tous les pouvoirs. Sa place, dans un espace mondialisé
où les conflits se multiplient, où un marché dominant
confond parfois le sens et la valeur marchande, est peut-être
à redéfinir. Doit-on inventer pour l’artiste un nouveau
paradigme ? C’est l’une des cent questions, complexes,
qui seront abordées au cours d’un colloque qui ne prétend
pas épuiser son sujet, mais relancer avec audace et rigueur
une réflexion dont chacun sent bien l’urgence.

Mercredi 27 avril

09h30
Accueil, petit-déjeuner
10h
Ouverture par Régine Hatchondo,
directrice générale de la Création artistique
au Ministère de la Culture et de la Communication
10h15
Introduction par Jean-Marc Bustamante,
directeur des Beaux-Arts de Paris
10h30
Olivier Christin
« Nous autres peintres, nous jouissons
de la même licence que celle dont jouissent
les poètes et les fous » (Véronèse) :
inquisition et autonomie de l’artiste
Olivier Christin
« Nous autres peintres, nous jouissons
de la même licence que celle dont jouissent
les poètes et les fous » (Véronèse) : inquisition et autonomie de l’artiste
À partir de quelques affaires, célèbres ou non,
d’artistes inquiétés par l’Inquisition ou
par des juges qui leur reprochaient leurs erreurs
dans le traitement de certains sujets sacrés,
c’est-à-dire au fond leur licence poétique et
leur liberté artistique, cette intervention
entend souligner le lien paradoxal qui s’établit
durablement à partir de la Renaissance
entre renforcement des orthodoxies religieuses,
projets d’Index des images illicites,
désir de surveillance accrue des artistes et
émancipation croissante de ces derniers.
Elle évoquera bien sûr la critique du Jugement
Dernier
de Michel-Ange dans la seconde
moitié du xvie siècle et le célèbre procès
de Véronèse devant l’Inquisition en 1573,
mais aussi des affaires moins connues
ou des œuvres plus ambiguës, comme celles
des frères Beham ou de Theodore Galle,
avec l’ambition de rappeler le rôle des grands
procès dans la conquête de l’autonomie
artistique.
Professeur d’histoire moderne,
Université de Neuchâtel (CH).
Directeur d’études à l’Ephe Paris
(ve section). Ancien élève
de l’École Normale Supérieure,
agrégé d’histoire, O. Christin
est un spécialiste des xvie et
xviie siècles. Il a publié une dizaine
d’ouvrages et près de cent articles
et a également dirigé plusieurs
numéros spéciaux de revues
scientifiques. De 2002 à 2005,
il a été responsable éditorial
des Actes de la Recherche en Sciences
sociales
. Il a également été
collaborateur au Monde des Livres.
    ■
Une révolution symbolique :
l’iconoclasme huguenot
et la reconstruction catholique
, Paris,
Éditions de Minuit, 352 p., 1991.
    ■
La paix de religion. L’autonomisation
de la raison politique au xvie siècle
,
Paris, Le Seuil, 1997, 327 p.
    ■
Confesser sa foi : conflits confessionnels
et identités religieuses dans l’Europe
moderne, xvie-xviie siècles
, Seyssel,
Champ Vallon, 2009, 210 p.
    ■
Vox Populi. Une histoire du vote
avant le suffrage universel
, Paris,
Seuil, coll. « Liber », 2014, 277 p.
11h
Luc Tuymans
Intolérance
Luc Tuymans Intolérance
« Pourquoi le titre intolérance ? Parce qu’il
inclut le mot tolérance.» Luc Tuymans
nous présentera son exposition Intolerance qui
a eu lieu au Musée Alriwaq (Qatar)
du 18 octobre 2015 au 30 janvier 2016.
Intolerance est la première exposition
personnelle de Luc Tuymans dans la région
du Golfe. Elle est jusqu’à présent sa plus grande
rétrospective. En se promenant virtuellement
avec lui dans les espaces, il présentera
une nouvelle série d’œuvres intitulées The arena
spécialement conçues et peintes pour la région.
Nous déambulerons dans un espace dédié
à de nouvelles fresques en passant par
des dessins, maquettes et un grand nombre
d’œuvres peintes durant toute sa carrière.
Pendant cette présentation il adressera plusieurs
problématiques, non seulement artistiques
mais aussi celles qui peuvent survenir
en travaillant pour ou sur la région du Golfe.
Largement crédité d’avoir contribué
à la renaissance de la peinture
dans les années 1990, l’artiste belge
Luc Tuymans continue d’affirmer
sa pertinence en abordant un large
éventail de sujets. Calmes, sobres
et parfois troublantes, ses œuvres
s’intéressent aux questions
de l’histoire et de sa représentation
autant qu’aux sujets du quotidien
livrés dans une lumière peu familière
et mystérieuse. Peintes depuis
des images préexistantes,
elles paraissent souvent légèrement
décalées et peu colorées comme
des abstractions de la réalité
au troisième degré.
    Alors que ses œuvres
antérieures étaient réalisées à partir
d’images de magazines, de dessins,
d’images télévisuelles et
de polaroids, ses récentes sources
iconographiques incluent
les matériaux accessibles en ligne
et les propres photos de l’artiste
prises avec son iPhone, imprimées
et parfois re-photographiées
à plusieurs reprises.
    Né en 1958 à Mortsel à côté
d’Anvers, Luc Tuymans a été
l’un des premiers artistes
représentés par David Zwirner.
Depuis qu’il a rejoint la galerie
en 1994 il a bénéficié de
dix expositions personnelles
chez David Zwirner à New York.
En 2012, Allo ! a inauguré la première
galerie Zwirner en Europe,
24 Grafton Street à Londres.
The Shore, présentant le nouvel
ensemble de peintures de l’artiste,
a été sa seconde exposition
personnelle à la galerie David
Zwirner de Londres en 2015.
    En 2014, Luc Tuymans a été
décoré docteur honoraire
de l’université des arts de Poznan.
    En 2015, une grande analyse
de l’œuvre de Luc Tuymans,
Intolerance, a été présentée au Qatar
Museums Gallery Al Riwaq de Doha.
En 2015 également, la Talbot Rice
Gallery de l’université d’Edimbourg
a accueilli l’exposition intitulée
Birds of a Feather.
    En mai 2016, l’exposition
personnelle Glasses ouvrira
au Museum aan de Stroom (Mas)
d’Anvers.
    Un catalogue raisonné
des peintures de l’artiste est
actuellement en préparation par
David Zwirner en collaboration
avec le Studio Luc Tuymans.
    En 2001, l’artiste a représenté
la Belgique à la 49e Biennale
de Venise. Ses œuvres sont présentes
dans les collections des musées
du monde entier. Il vit et travaille
à Anvers.
11h30
Agnès Thurnauer
C’est vous qui avez fait ça ?
Agnès Thurnauer C’est vous qui avez fait ça ?
« Les actes sont des choix, Maman »
me disait récemment mon fils Gaspard, 24 ans.
Alors qu’on demande à Picasso de réaliser
une œuvre pour le pavillon espagnol
de l’Exposition universelle de 1937, surgit
le bombardement de Guernica. L’artiste
n’a d’autre choix que de peindre le massacre.
Il fait ce tableau. Plus tard, à un officier
allemand qui lui demande : « c’est vous qui
avez fait ça ? », Picasso répond : « non, c’est vous
qui avez fait ça ». Acte, choix, engagement, résistance, insubordination, irrécupérabilité.
La liberté de l’artiste réside bien là : dans
les gestes dont il fait les choix, dans les formes
que ces gestes produisent, dans les questions
que ces œuvres soulèvent. Enfin, dans
l’insoumission aux attentes, modes
et orthodoxies qui sont susceptibles de dévier
l’art ou de le récupérer à d’autres fins utiles.
En ce sens, l’artiste qui persévère à faire
entendre une voix indomptée et dont la portée
est à la mesure de son autonomie fait
acte de résistance. Il a la responsabilité d’être
irresponsable.
Agnès Thurnauer est une artiste
franco-suisse. Autodidacte
en peinture, elle a reçu
une formation de cinéma vidéo
à l’École nationale supérieure
des Arts Décoratifs à Paris.
Son travail aborde la question
du langage pictural, c’est-à-dire
de comment on lit une œuvre
et comment celle-ci s’adresse à nous.
Les notions d’altérité et de
réciprocité y sont fondamentales.
Pour Agnès Thurnauer, c’est autant
« le regardeur qui fait le tableau »
que le tableau qui fait le regardeur.
Que ce soit dans ses tableaux
ou dans ses développements récents
en sculpture, son œuvre active
cette interface vivante – cette
lecture réciproque – entre l’art
et le spectateur.
12h
Pascal Convert
Quelle peut être la responsabilité de l’artiste à l’heure
de la destruction de la mémoire ?
Pascal Convert Quelle peut être la responsabilité de l’artiste à l’heure
de la destruction de la mémoire ?
Les photographies de presse qui, dans
les années 2000, m’ont inspiré des sculptures-
monuments en cire, La Piétà du Kosovo (1990),
La Madone de Bentalha (1997) ont été prises
avec des appareils argentiques, ce qui impliquait
un temps différé entre leur enregistrement
et leur diffusion. En 2001, la destruction
en miroir des Bouddhas géants à Bamiyan
et des Twin Towers à New York a accéléré
l’entrée dans le xxie siècle et nous a appris que
le retour des conflits culturels, économiques
et surtout religieux irait de pair avec
une utilisation politique de la puissance
de synchronicité des images. En 2003, la mise
sur le marché du premier téléphone portable
incluant un capteur photo a démultiplié
la circulation des images amateurs et,
l’année suivante, des clichés de prisonniers
d’Abou Ghraib réalisés à titre privé par
des soldats ont ouvert la porte au « devenir-
porcherie du sensationnel ». Depuis cette
époque, le constant « bombardement intensif »
de notre conscience par d’incessants assauts
de matériel visuel, des décapitations d’otage
par Daech à une violente pornographie
sans vergogne, submerge des spectateurs
hypnotisés et transforme la réflexion critique
en une forme aiguë de présentisme
qui déshistoricise. Si l’artiste tient sa force
d’une relation singulière, anachronique,
déphasée, asynchrone avec son propre temps,
que peut être sa responsabilité à l’heure
de l’instantanéité de la transmission des images,
d’une hypersynchronisation des libidos, et
d’une société de fiction dont l’objectif politique
est la destruction de la mémoire ?
Né en 1957, Pascal Convert est
sculpteur (sculpture, installation
et vidéo) et auteur de films
documentaires. Ancien
pensionnaire à la Villa Médicis
en 1989-1990, les questions
de la mémoire et de l’oubli sont
au cœur de son travail. Georges
Didi-Huberman lui consacre
plusieurs textes et livres
(« La demeure, la souche »,
« Sur le fil », Éditions de Minuit.).
Son travail, avant tout sculptural,
s’inspire d’icônes de presse,
notamment la Pietà du Kosovo
(Photographie Georges Mérillon),
la Madone de Benthala
(Photographie Hocine Zaourar),
ou la mort de Mohamed Al Dura
à Gaza (Afp/A2). Plusieurs
de ces travaux ont été commandés
par le Fonds National d’Art
Contemporain (Paris) et
par le Musée d’Art Moderne
Grand Duc Jean du Luxembourg
et ont été exposés en France et
à l’étranger, en particulier à l’Onu
et à Montréal. En 2002, dans
le cadre d’une commande publique,
il réalise le Monument à la Mémoire
des Otages et Résistants fusillés
au Mont-Valérien entre 1941 et 1944.
Il poursuit ce travail par un film
documentaire (Arte-Histoire)
« Mont Valérien, aux noms
des fusillés ». Il publie en 2007
une biographie historique (édition
Séguier) sur Joseph Epstein
(Colonel Gilles), responsable
des Ftp d’Île-de-France, fusillé
au Mont-Valérien en 1944.
Dans le cadre de cette recherche,
il réalise une quatrième sculpture
en cire titrée « Lettre au fils »,
une sculpture en cristal intitulée
« Le temps scellé » et
un documentaire « Joseph Epstein,
bon pour la légende » (Arte).
12h30
Q/R des intervenants de la matinée
13h00
Déjeuner
Café Héloïse
la cafétéria tenue par les étudiants
des Beaux-Arts de Paris,
vous accueille de 12 h à 14 h
autour de formules déjeuner simples
(sandwichs, soupes, salades).
Accès par le fond de la salle
du colloque.
14h30
Gerhard Merz
L’individu dans l’ombre, les mains vides
Gerhard Merz L’individu dans l’ombre, les mains vides
L’artiste du futur ne dépend pas des évènements
du marché, il sait de quelle tradition il est
redevable. Il se tient dans l’ombre avec les mains
vides et tient l’art à une position sans prétention.
Le tribunal des artistes morts est une réalité.
Gerhard Merz est un artiste
allemand.
Principales expositions :
1977
documenta 6, Kassel et Biennale des Jeunes, Paris
1980
Art Allemand d’Aujourd’hui, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1981
Westkunst, Köln
1982
documenta 7, Kassel
1983
Aktuell ’83, Städtische Galerie
Lenbachhaus, München
1987
documenta 8, Kassel
1992
documenta 9, Kassel, Archipittura, Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles et Deichtorhallen Hamburg
1996
Berlin MCMXCVI, Potsdamer Platz, Berlin
1997
Biennale Venedig
1999
Das XX. Jahrhundert, Altes Museum, Berlin
2000
Kunstverein Hannover & Hauptgüterbahnhof
2002
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf et Fragment Grande Galerie I-IV
2003
Berlin-Moskau/Moskau-Berlin, Gropiusbau Berlin et Fragmente Bregenz 2003, Kunsthaus Bregenz
2004
Archiskulptur, Fondation Beyeler Basel/Riehen
2005
Printemps de Septembre, Toulouse – École des Beaux-Arts
2007
Hamburger Kunsthalle et Kunsthaus Bregenz
15h
Peter Lewis et Lisa Le Feuvre
On the artist’s failure
Peter Lewis et Lisa Le Feuvre On the artist’s failure
La présentation s’intéressera aux diverses
stratégies, depuis les années 1990, qui ont hérité
des pratiques indépendantes des années 1970.
Comment l’excavation de la pratique réévalue
l’échec. Que ce qui pousse à agir n’est pas
le succès, qu’agir pour une vie révolutionnaire
comme celle d’un artiste présuppose l’échec,
qu’agir seulement quand on accepte
et intériorise l’échec est l’ultime possibilité
d’action. Boris Groys a ainsi parlé de
cette nécessité d’intérioriser l’échec pour agir
pleinement. Je me réfère aussi au travail
de Lisa Le Feuvre dans son livre Failure chez
Whitechapel : Documents of Contemporary
Art. Dans la discussion, je donnerai les exemples
d’artistes comme Gordon Matta-Clark,
Paul Neagu, John Latham, Katerina Palmer,
Christine Kozloff, des artistes que
Lisa Le Feuvre a identifié, et je reconsidérerai
également le regain d’intérêt pour l’artiste
Rasheed Araeen qui interviendra
à la Documenta d’Athènes et au Van Abbe
Museum, parmi beaucoup d’autres qui ont
« redécouvert » l’artiste et dont le travail
caractérise les difficultés d’une telle pratique
qui confronte l’obstacle (opposition) de
l’échec et le succès comme une responsabilité de l’action.
Peter Lewis est artiste et
commissaire d’expositions. Depuis
trente ans, il a occupé des fonctions
aussi variées que Chief Curator
de Sharjah Biennale 6 et
commissaire indépendant
à la Kunstverein de Bregenz. Il a été
commissaire de projets au Tramway
de Glasgow, à la Tate Modern
dans le cadre de Century City, tout
en publiant de nouvelles recherches
dans son journal, /seconds depuis
2004. Peter Lewis s’est engagé
dans le commissariat d’artistes
depuis 1976 quand il a commencé
à travailler avec l’artiste et
commissaire Paul Neagu au sein
de son « artist-run space »
à Londres. Il a joué un rôle central
dans la scène alternative
londonienne des années 1990
par de multiples collaborations avec
notamment l’artiste Runa Islam.
Durant ses 30 années de pratique,
il a développé des relations
très complexes entre l’institution
et les fondements événementiels
spécifiques des pratiques
indépendantes.
    Son statut professionnel
dans les domaines académiques
et de recherche vient plus
spécifiquement de son travail
avec des artistes non occidentaux,
et ce depuis de nombreuses années.
Il mène actuellement des projets
à la Sharjah Art Foundation
(Émirats Arabes Unis) avec Sheikha
Hoor Al-Qasimi. Des collaborations
de la Sharjah Art Foundation avec
l’artiste et activiste Rasheed Araeen,
et une exposition de /seconds
à la Sharjah Art Foundation qui
est actuellement sélectionnée pour
le Prix de la meilleure exposition
curatée aux Global Fine Art Awards
de Miami.
    En 2003, la biennale a connu
un changement de direction lorsque
Sheikha Hoor Al Qasimi prit le rôle
de co-commissaire aux côtés de
l’artiste et commissaire d’exposition
Peter Lewis. L’intérêt s’est porté
alors plus directement sur l’art
et les artistes individuels eux-mêmes,
établissant ainsi ce qui est reconnu
comme un thème récurrent
des manifestations de la biennale.
    Il est membre élu
du conseil du Centre de recherche
opérationnel et curatorial
en art contemporain, design,
science et technologie de Londres
(Operational and Curatorial
Research in Contemporary Art,
Design, Science & Technology –
Directeur : Lanfranco Aceti).
    ■
Lisa Le Feuvre est commissaire
d’expositions, écrivain, éditrice
et conférencière.
    Depuis novembre 2010,
Lisa Le Feuvre dirige l’Henry Moore
Institute, un centre d’étude sur
la sculpture, en tant que Responsable
des études de sculpture. Parmi
ses expositions en tant que
commissaire à l’Institut : Katrina
Palmer : The Necropolitan Line,
Paul Neagu : Palpable Sculpture,
Gego : Line as Object, Sarah Lucas :
Ordinary Things, The Event Sculpture,
Robert Filliou : The Institute of
Endless Possibilities
, et l’exposition
collective A Lesson in Sculpture
with John Latham
qui a ouvert
le mois dernier.
    Entre 2005 et 2009,
Lisa Le Feuvre a dirigé le programme
d’art contemporain du National
Maritime Museum et enseigné
au programme curatorial
de troisième cycle à Goldsmiths,
University of London. Parmi
ses projets en tant que commissaire
indépendante : British Art Show 7 :
in the Days of the Comet
,
la 7e édition de la présentation
quinquennale sur l’art en
Grande-Bretagne (avec Tom
Morton). Elle contribue
régulièrement à des journaux
et catalogues d’expositions, ainsi
qu’à des publications académiques.
    Parmi son travail éditorial :
le journal de l’Henry Moore
Institute, « Essays on Sculpture »,
la compilation « Failure »
du Mit Press, dans la série des
Documents sur l’art contemporain
(Documents on Contemporary Art)
de la Whitechapel Art Gallery
et la seconde édition de « Noit »,
le journal de Flat Time House
de John Latham, sur le thème de
la combustion.
    En 2014-2016 elle a écrit
sur des artistes comme
Lara Favaretto, Thomas Houseago,
Ian Kiaer, Bruce McLean et Virginia
Overton et sur son obsession,
l’échec.
15h45
Pause
16h
Jalal Toufic
Don’t Go to Hell for the Sake of Finishing Watching the Film
Jalal Toufic Don’t Go to Hell for the Sake of Finishing Watching the Film
Rilke : « Ces masques à demi remplis,
je n’en veux pas, je préfère la poupée… Et même
si les lampes s’éteignent, même si l’on me dit :
plus rien !… moi cependant je reste…
N’ai-je pas raison… d’attendre face au théâtre
de marionnettes, non, d’y regarder
si pleinement, que pour compenser à la fin
mon regard, un ange devra venir là… et…
d’un coup enfournera les enveloppes.
Ange et pantin : alors enfin il y aura spectacle ».
Si le narrateur n’eut pas été à demi-rempli,
l’ange, qui n’est jamais en retard, lui aurait
apparu ou plutôt lui aurait fait sentir
sa présence – lorsque l’ange apparaît,
je découvre qu’il était ici tout au long, et que
je n’aurai pas pu attendre si longtemps sans
l’assistance de sa subtile présence. Ce sont
précisément ceux qui savent « attendre l’ange »
qui sont les premiers à quitter la salle
de cinéma lors de la projection de certains
films. Je me suis questionné à propos des autres
spectateurs en sortant d’une projection de
Sin City de Robert Rodriguez et Frank Miller :
« Pourquoi s’acharnent-ils à regarder ce film ? ».
J’étais le premier humain à quitter la projection – je suis parti avec l’ange (gardien).
Jalal Toufic est un penseur et
un mortel jusqu’à la mort. Il est né
en 1962 à Beyrouth ou à Bagdad
et est mort avant de mourir en 1989
à Evanston, Illinois. Ses ouvrages
peuvent être téléchargés à partir
de son site web : www.jalaltoufic.
com. Il a entre autres participé
à la 6e, 10e, et 11e biennale de Sharjah,
à Documenta 13, à la 9e Shanghai
Biennale, à la First Asia Biennial
& the 5th Guangzhou Triennial,
et à Une Histoire : Art, architecture,
design des années 1980 à nos jours
(Centre Pompidou). Il a été, en 2011,
invité à l’« Artists-in-Berlin
Program » de Daad et a dirigé
avec Anton Vidokle, en 2013-2014,
la troisième édition du Home
Workspace Program d’Ashkal
Alwan. Il est directeur de l’École
des Arts Visuels à l’Académie
Libanaise des Beaux-Arts (Alba)
depuis septembre 2015.
16h45
Alexandre Kazerouni
La responsabilité de l’artiste face à la libéralisation culturelle dans les régimes autoritaires : le cas du marché de l’art et des musées dans les États riverains du golfe Persique
Alexandre Kazerouni La responsabilité de l’artiste face à la libéralisation culturelle dans les régimes autoritaires : le cas du marché de l’art et des musées dans les États riverains du golfe Persique
Le « Golfe » cette région aux contours
mal définis, qui porte le nom d’un bras
de mer dont Arabes et Iraniens se disputent
le nom, a durant la décennie passée rejoint
la liste des foyers émergents d’un rayonnement
international par les arts qui est devenu
multipolaire. Les piliers fondamentaux
de cette transformation de l’après-Guerre froide
à laquelle participent également l’Inde,
la Russie, le Brésil et surtout la Chine, sont
dans cette périphérie orientale du monde arabe
des musées à forte visibilité internationale
et un marché de l’art régional, le Louvre
Abou Dhabi et Art Dubai pour ne citer que
les noms les plus emblématiques. Cette
« libéralisation culturelle » qui joue du contraste
avec l’islamisme s’opère en lien avec
une libéralisation économique que tempère
le pétrole. En revanche la troisième dimension
du libéralisme, sa facette politique,
n’y a comme dans les autres centres émergents
de la mondialisation, jamais quitté le stade
des promesses. Dans ce contexte d’une
mondialisation du marché mais aussi des scènes
artistiques nationales, où le milieu de l’art
s’est élargi à des régimes autoritaires qu’en est-il
de la responsabilité de l’artiste en circulation ?
Peut-on encore dire que « l’art résiste » ?
Alexandre Kazerouni est politologue,
spécialiste du monde arabe et
de l’Iran contemporains. Il est
l’auteur d’une thèse de doctorat sur
les musées et le marché de l’art
dans les principautés arabes du golfe
Persique, fondée sur des enquêtes
de terrain réalisées entre 2007
et 2013 au Koweït, au Bahreïn,
au Qatar et aux Émirats arabes unis.
Sa parution est prévue pour la fin
de l’année 2016 aux Presses
universitaires de France. Il s’est
également intéressé, dans le cadre
d’un postdoctorat à l’Université
de Stanford en 2014, à la mise
en scène de l’islam dans les musées
américains dans une perspective
comparatiste avec la France.
    Alexandre Kazerouni est
actuellement chercheur
en postdoctorat à l’École normale
supérieure de la rue d’Ulm,
où il est responsable du séminaire
Violence et Dogme. Il est également
enseignant à Sciences Po Paris
et lauréat 2016 du Prix de recherche
du Cercle France-Amériques.
17h30
Q/R des intervenants de l’après-midi
18h
Radio BAL, la webradio des Beaux-Arts de Paris
Radio BAL
La webradio des Beaux-Arts de Paris
contribue au colloque.
Jusque 19 h,
retrouvez l’équipe de la radio sur scène
pour des interventions artistiques
sonores.


Jeudi 28 avril

09h30
Petit-déjeuner
10h
Joann Sfar
L’Espace dialectique et le diable
Joann Sfar L’Espace dialectique et le diable
L’espace dialectique est-il un moment de
l’humanité, destiné à se refermer pour laisser
la place aux bêtes ? Où l’on verra que brider
la folie de l’artiste, c’est préparer le terrain
pour la fin des sciences.
Joann Sfar naît à Nice en 1971,
d’une mère chanteuse et d’un père
avocat. Il grandit dans la culture
juive, ashkénaze et séfarade à la fois,
apprend l’hébreu et les préceptes
de la Torah, mais fréquente
l’école publique. Très tôt, et avec
l’abondance qui le caractérise
encore aujourd’hui, il invente et
dessine des histoires. Dès l’âge
de quinze ans, il envoie à des éditeurs
un projet de bande dessinée
par mois, que tous lui refusent
avec la même régularité. Après
une maîtrise de philosophie
à l’université de Nice, il entre aux
Beaux-Arts de Paris et se passionne
pour les cours de morphologie.
En 1993, il passe la porte de l’atelier
Nawak, futur atelier des Vosges,
où il fera la connaissance
de Lewis Trondheim, David B.,
Jean-Christophe Menu, Emmanuel
Guibert, Christophe Blain,
Émile Bravo, Marjane Satrapi.
Un beau mois de 1994, trois maisons
différentes lui proposent d’éditer
son travail. Son premier album,
Noyé le poissons, est publié cette
année-là par L’Association. Depuis
Joann Sfar compose une œuvre
d’une originalité absolue.
La profondeur de ses histoires
n’exclut jamais la drôlerie
ou la sensualité. Ses personnages
ont la truculence de ceux d’Albert
Cohen et le plaisir de dessiner
est chez lui aussi communicatif que
chez Quentin Blake. Il est de ceux
grâce auxquels la bande dessinée
s’est éveillée à une vie nouvelle.
Après une série d’animation adaptée
de son Petit Vampire en 2004
toujours diffusée sur Canal + Family,
il passe au cinéma avec
simultanément « Gainsbourg vie
héroïque » qui obtiendra 3 Césars
en 2011 puis l’adaptation de
son Chat du Rabbin coécrit avec
Sandrina Jardel et coréalisé
avec Antoine Delesvaux, César 2012
du meilleur film d’animation.
Après ses carnets publiés
chez Delcourt et la réalisation de
« la Dame dans l’Auto avec
des Lunettes », l’année 2015 a vu
la publication d’un nouveau tome
du Chat du Rabbin et la mise
en production du long métrage
d’animation Petit Vampire
avec Autochenille Production,
Toon Factory et Studio Canal.
10h30
Fabienne Brugère
La responsabilité des artistes. L’art est-il réparateur ?
Fabienne Brugère La responsabilité des artistes. L’art est-il réparateur ?
Le verbe « transgresser » s’est imposé
au xxe siècle, faisant des arts visuels des lieux
de contestation, de provocation et de résistance
en lien avec des pensées comme celles de
Foucault, Deleuze ou Judith Butler. L’attitude
de transgression, comme passage à la limite
et rupture des règles existantes, ne semble
ne pas être compatible avec la responsabilité
éthique et juridique comme devoir de répondre
de ses actes. Peut-elle d’ailleurs avoir un sens
pour des artistes dont les productions ne sont
jamais univoques et supposent un travail
d’interprétation ? Les artistes aiment peu
la morale : ils sont très loin du moralisme ou
du conservatisme qui gagne la plupart
des sociétés contemporaines. En même temps,
ils se tiennent pour beaucoup à distance
du cynisme et de l’esprit néolibéral
des gouvernants qui mettent à mal toute
éthique de la responsabilité. Peuvent-ils
participer d’une conception de la responsabilité
qui passerait par le besoin vital que
les individus ont des formes qu’ils fabriquent ?
La responsabilité peut-elle alors être comprise
comme souci à travers la possibilité de
« réparer les vivants » pour reprendre le titre
d’un roman de Maylis de Kerangal ?
Fabienne Brugère est Professeure
de philosophie à l’Université Paris 8
Vincennes – Saint-Denis depuis
septembre 2014. Elle est directrice
de l’équipe d’accueil Llcp
à l’Université de Paris 8 et membre
du Cnu de la 17e section
(philosophie). Elle est directrice
de la collection « Diagnostics »
aux éditions du Bord de l’eau
(en collaboration avec Guillaume
le Blanc), membre du comité
de rédaction de la Nouvelle Revue
d’Esthétique
et de la revue Esprit.
Elle a dispensé également
des cours dans les Universités
de Hambourg, Munich et Québec.
Elle travaille sur la philosophie
de l’art, sur la philosophie morale
et politique (le féminisme,
la démocratie et les nouveaux
partages du privé et du public).
Elle a publié de nombreux ouvrages,
dont ces dernières années :
Le sexe de la sollicitude, Seuil, 2008 ;
Philosophie de l’art, PUF, 2010 ;
L’éthique du care, PUF, 2011 ;
Faut-il se révolter ?, Bayard, 2012.
Elle a dirigé ou co-dirigé
de nombreux livres sur Spinoza,
Foucault, Judith Butler,
le libéralisme, l’œuvre d’art.
Dernièrement, elle a publié, avec
Guillaume le Blanc, un Dictionnaire
politique à l’usage des gouvernés
,
Bayard, 2012. Elle a publié
en octobre 2013, au Seuil/
La République des idées, La politique
de l’individu
.
11h
Xu Bing
La responsabilité de l’artiste
Xu Bing La responsabilité de l’artiste
L’artiste a la responsabilité de montrer
à l’homme, à travers ses œuvres, une partie
manquante dans la pensée, dominée par
la technologie humaine, la pensée rationnelle
et la logique. Il s’agit tout simplement de
créer des formes que la connaissance humaine
actuelle ne peut juger. Ces « choses »,
après avoir été analysées et ordonnées par
les théoriciens, se transforment en « concepts »
et élargissent ainsi la connaissance
de l’humanité. Ce pouvoir idéologique
qui dépasse le champ d’application actuel
de l’esprit vient de l’énergie qui provoque
la transformation rapide et forte du monde
d’aujourd’hui. Et cela pour une raison
simple : c’est la sensibilité de l’artiste envers
le monde qui a conduit à une transformation
de la méthodologie de l’art, et qui renvoie
à sa responsabilité envers notre société.
Xu Bing est né à Chongqing
en Chine en 1955. En 1977 il entre
au département d’impression
de l’Académie centrale des beaux-
arts de Pékin (CAFA) d’où il est
diplômé en 1981. Il y restera
en tant que professeur. En 1990,
à l’invitation de l’université
de Wisconsin-Madison, il s’installe
aux États-Unis. Depuis 2007 il vit
et travaille entre Pékin et New York.
    En 1999, Xu Bing reçoit
la bourse Mac Arthur en
reconnaissance de sa « capacité
à contribuer de manière importante
à la société, en particulier dans
le domaine de l’impression
et de la calligraphie. » En 2003
Xu Bing reçoit le prix Fukuoka
de la culture asiatique et en 2004
le premier prix international
d’art visuel Artes Mundi au pays
de Galles. Okwui Enwezor, en tant
que président du jury a estimé
que Xu Bing « traduit les idées
et problématiques dans des formes
visuelles qui traversent les frontières
culturelles. » En 2006, le Southern
Graphics Council a attribué
à Xu Bing un prix pour l’ensemble
de son travail affirmant que
son utilisation du texte, du langage
et des livres a marqué le dialogue
des mondes de l’impression
et de l’art de manière significative.
Il a aussi reçu un Doctorat
d’humanités de l’université
Columbia en 2010. En 2015, Xu Bing
a reçu la médaille des Arts
du Ministère des affaires étrangères
américain.
11h30
Olivier Blanckart
»IrRESPONSABILITÉ » : l’artiste Fast and Furious
entre Raison d’État et Mission Impossible
Olivier Blanckart »IrRESPONSABILITÉ » : l’artiste Fast and Furious
entre Raison d’État et Mission Impossible
»L’irRESPONSABILITÉ avant d’être
un problème est d’abord une question
perpétuellement irrésolue dans son propre
balancement intriqué, quand poser le problème,
c’est aussi, malgré tout, et dans son moment
contradictoire même, soulever la question.
De cette gymnastique qui semble régler
implacablement la pratique artistique depuis
les origines, à l’interface entre son intérieur
créatif (l’inconscient ?) et son extérieur narratif
(le social ?), peut-on cependant aller jusqu’à
inférer que la « parole » de l’artiste « opère »
alors comme l’expression d’un surmoi engagé ?
Comme le disait le regretté Umberto Eco,
c’est parfois en navigant au plus près
des paradigmes que resurgissent incidemment
les béances d’une spiritualité pétrifiée, que,
pour notre part, nous nommerons Art.
Alors Ire ou Responsabilité ? Nous tâcherons
d’envisager brièvement la question à travers
quelques exemples modernes et contemporains.
(1959, Bruxelles) Autodidacte,
Olivier Blanckart exerce pendant
une dizaine d’années des activités
diverses où il rode ses talents
de perturbateur dans les domaines
politique, socioculturel et artistique.
Lors de sa première participation
à une exposition à la villa Arson
de Nice, en 1989, il dispose
un sismographe au fond d’un puits
et exécute dans le registre électro-
acoustique l’ensemble des
mouvements sismiques affectant
le site. Lors de sa première
exposition personnelle dans
ce même lieu, il présente quelques
tableaux où se lisent des expressions
toutes faites – la lutte finale,
le chaos initial – (Entropie, 1991).
La même année, il commence
à endosser le personnage de
« Jean-Michel, Sdf », qui perturbe
les événements mondains de l’art,
et il entame la réalisation d’œuvres-
pastiches ou basées sur des jeux
de langage (un buste affublé
de valves de moule géante en guise
d’oreilles devient un Mouleworker,
un clin d’œil à Broodthaers, et
une perruque enduite de moutarde,
La Moumoute-Hard de Dijon, 1991).
Alors que ses premières pièces
en carton découpé (des slogans
au pochoir tels que Faites un acte
civique, tuez un fasciste
, 1992)
perpétuent ses actions provocatrices
– notamment en faveur de l’action
contre le sida sous l’égide de
La Galerie des Urgences –, il invente
les Quasi-Objets (1993), catégorie
d’œuvres réalisées à partir
de matériaux d’emballage
(Scotch, papier kraft, carton) et
qui préfigurent la série des Remixes,
réinterprétations sculpturales,
à l’aide de Scotch d’emballage,
d’images de pochettes de disques
(The Remix – Village People, 1997)
ou de photographies de violence
politique (la visite des militaires
boliviens au cadavre de Che Guevara
dans E Che Homo, 1999 ; la famille
royale népalaise de Katmandou,
2002 ; Algérie, les femmes déviolées,
2004) ou de portraits (The Curator –
After August Sander
, 2007 ;
The Critic – After Paul Strand, 1916,
2007). Artistes des formes dérisoires,
insoumis et sarcastique, Olivier
Blanckart est une figure moraliste
de l’art contemporain français,
proche parent de l’Italien Maurizio
Cattelan.
    Bibliographie : catalogue
Olivier Blanckart, Éd. Confluences,
Bordeaux, 2000.
11h30
Claire Fontaine
Grève humaine, entre étrangeté et responsabilité
Claire Fontaine Grève humaine, entre étrangeté et responsabilité
Claire Fontaine abordera ses recherches
sur les pratiques de subjectivation et la créativité
appliquée au domaine des formes de vie.
Elle va approfondir le concept de « grève
humaine » qui désigne le mouvement collectif
ou individuel qui s’attaque à l’oppression
économique, affective, sexuelle et émotionnelle
que les sujets subissent dans la position
qu’ils occupent. Elle analysera les influences
théoriques et politiques qui ont amené
à la formulation dudit concept en s’arrêtant
particulièrement sur le féminisme italien.
Claire Fontaine (fondée en 2004)
vit et travaille à Paris.
    Claire Fontaine est une artiste
collective basée à Paris fondée
en 2004. Après avoir tiré son nom
d’une renommée marque de cahiers
d’écoliers, Claire Fontaine
s’est auto-déclarée une « artiste
ready-made » et elle a commencé
à élaborer une version d’art
néo-conceptuel qui souvent rappelle
le travail d’autres artistes.
Elle travaille avec le néon, la vidéo,
la sculpture, la peinture et le texte,
sa pratique peut être décrite
comme un questionnement
continu de l’impuissance politique
et de la crise de la singularité
qui semblent définir la société
contemporaine à présent.
Une monographie à son sujet
intitulée Foreigners Everywhere
a été publiée par Walther Konig
avec les textes de Bernard Blistène,
Nicolas Liucci-Goutnikov,
John Kelsey, Hal Foster (2011).
Elle a publié avec Mute un recueil
de textes intitulé Human strike
has already begun and other texts

(2012), avec One Star Press Some
instructions for the sharing of private

property (2011) et avec Dilecta
Vivre, vaincre (2009).
    Sélection d’expositions
personnelles : Museo Pitro Canonica,
Rome [2016], Tears, Jewish Museum,
New York US [2013], 1493, Espacio
1414, San Juan, Puerto Rico US
[2013], Sell Your Debt, Queen’s Nails,
San Francisco US [2013],
Redemptions, Cca Wattis,
San Francisco US [2013] Carelessness
causes fire
, Audian Gallery,
Vancouver CA [2012], Breakfast
starts at midnight
, Index,
The Swedish Contemporary Art
Foundation, Stockholm SE [2012],
M-A-C-C-H-I-N-A-Z-I-O-N-I,
Museion, Bolzano IT [2012] P.IG.S.,
MUSAC, Castilla y León ES [2011],
Economies, Museum of
Contemporary Art, North Miami
US [2010], After Marx April,
After Mao June
, Aspen Art Museum,
Colarado US [2009].
    Sélection d’expositions
collectives : AV Festival, Newcastle
upon Tyne [2016], Punk. Sus rastros
en el arte contemporáneo
, MacBa,
Barcelone [2016], New ways
of doing nothing
, Kunsthalle Wien,
Vienna [2014], The crime was
almost perfect
, Witte DE With,
Rotterdam [2014], Getting rid
of ourselves
, Ocad University,
Toronto CA [2014], When Attitudes
Became Form Become Attitudes
,
MOCAD, Museum of Contemporary
Art Detroit, Detroit US [2013],
Zizhiqu 菱撈區 (Autonomous
Regions)
, Times Museum
of Contemporary Art, Guangzhou
CN [2013], Farbe bekennen,
Was Kunst macht
, Marta Herford,
Herford DE [2013], The Deep
of the Modern
, Manifesta 9, Genk,
Limburg BE [2012], Unrest :
Revolt Against Reason, apexart
,
New York US [2012], 9th Shanghai
Biennale
, Shanghai CN [2012]…
12h30
Q/R des intervenants de la matinée
12h45
Déjeuner
Café Héloïse
la cafétéria tenue par les étudiants
des Beaux-Arts de Paris,
vous accueille de 12 h à 14 h
autour de formules déjeuner simples
(sandwichs, soupes, salades).
Accès par le fond de la salle
du colloque.
14h30
Table ronde Erik Boulatov et Iouri Albert avec Igor Sokologorsky
L’artiste face à la société russe
Erik Boulatov et Iouri Albert avec Igor Sokologorsky L’artiste face à la société russe
La question de la responsabilité de l’artiste
est particulièrement importante dans
le contexte de l’histoire russe. À l’époque
classique et même soviétique, l’artiste
est pratiquement la seule figure supportant
la responsabilité d’une réflexion politique
et sociale critique, laquelle est quasiment
absente du système institutionnel comme
de la presse. Il travaille sous la censure qu’il doit
détourner. Ce paysage a été bouleversé par
le tournant des années 1990. Le débat politique
s’est engagé en d’autres lieux. Depuis cette
époque, l’art contemporain s’expose en Russie
et bénéficie d’un soutien privé comme
d’un certain appui institutionnel (Centre
National d’Art Contemporain ; biennales).
De plus, beaucoup d’artistes russes travaillent,
ou tout au moins circulent et exposent
à l’étranger. Toutefois, en Russie, la situation
politique de ces dernières années se tend ;
la liberté artistique est discutée. Le dernier
exemple en est l’arrestation récente
de Piotr Pavlenski pour sa performance
qui consistait à mettre le feu à l’une des portes
du Fsb. Quelle est aujourd’hui la place
de l’artiste russe dans ce contexte complexe ?
Est-il libéré de la responsabilité sociale qui
lui incombait dans la tradition russe ?
Est-il destiné à la retrouver bientôt ? Les deux
artistes qui débattront ont en commun,
non seulement d’avoir beaucoup produit,
mais aussi beaucoup écrit et d’écrire encore
sur le sens de leur travail, en particulier
au regard de son environnement social.
Igor Sokologorsky, professeur
agrégé et docteur en philosophie,
a occupé les fonctions d’attaché
culturel à Moscou de 2010 à 2014.
Il a publié plusieurs articles
sur la pensée russe, notamment sur
ses aspects esthétiques.
   ■
Erik Boulatov est déjà un classique
de l’art contemporain russe.
Ses œuvres figurent dans les plus
grandes collections publiques
et privées de Russie, d’Europe
occidentale et des États-Unis ;
elles ont fait l’objet de plusieurs
rétrospectives, notamment
celle du centre Pompidou en 1988.
Né en Russie, il vit et travaille à Paris
depuis 1992 : il se désigne lui-même
comme « un artiste russe vivant
en France ». Si Erik Boulatov s’est
exclusivement consacré à la peinture,
il a également beaucoup écrit sur
l’art en général, et aussi sur le sens
de son œuvre. Celle-ci peut
notamment être considérée comme
un travail d’analyse critique
et de mise au jour des procédés
et des conceptions qui sous-tendent
l’art soviétique. E. Boulatov se situe
lui-même dans cette tradition
de l’engagement propre aux artistes
russes qu’il définit comme un rejet
de la politique en même temps
qu’un effort pour transformer
les consciences.
   ■
Iouri Albert est aujourd’hui
l’un des principaux représentants
du « conceptualisme moscovite ».
Il vit et travaille entre Cologne
et Moscou. Son œuvre a fait
l’objet de nombreuses expositions
personnelles en Russie et
en Allemagne. Elle comprend
des peintures aussi bien que
des installations. En 2011, il est
lauréat du principal prix russe d’art
contemporain, le prix Kandinsky.
En 2014, une rétrospective lui est
consacrée au Musée d’Art Moderne
de la ville de Moscou, intitulée
Qu’a voulu dire l’artiste avec ça ?
Iouri Albert a produit un nombre
considérable de textes sur le sens
du langage artistique et milite
activement pour inscrire
l’art contemporain russe dans
un contexte international. Il est
très actif sur les réseaux sociaux,
où il réagit promptement
aux événements politiques russes
ainsi qu’européens.
15h30
Alberto Sorbelli
Spicy Cheese
Alberto Sorbelli Spicy Cheese
J’assume la responsabilité
de participer à ce prestigieux colloque,
sans oublier l’irresponsabilité poétique.

À mon tour, une fois prise la place
du conférencier,
j’étale ma part de responsabilité
pour avoir déjà, dans cette École,
cherché l’entretien avec un interlocuteur,
bref une relation !
Oui ok, c’était bien cadré
dans le protocole bureaucratique,
mais c’était une relation complète,
avec l’apport « inconnu » de L’Autre.
L’Autre ! Ce mystérieux Ennemi,
que l’on désire tellement.

Aussitôt que les paroles sortent fluides,
ou pas, de ma bouche exercée,
entre dans la salle Melpomène
captivée par Zeus transformé en Nuage,
désirant retrouver Io.

Le Nuage Divin décharge
son pouvoir électrique
pour obliger Melpomène à lui livrer Io.

Quand Io apparait dans un mot
coulé fluide de ma bouche
La décharge électrique s’arrête à l’improviste,
Le Divin Nuage disparait emportant Io avec lui.
Melpomène est enfin restituée à elle-même,
juste avant que je termine d’étaler mes mots.

Pendant les minutes qui restent
je compose une relation acrobatique
avec les auditeurs :
leur donner envie d’entrer,
avec leurs propres mots,
dans cette suite à ma mise en scène
originale de 1990
et ainsi retrouver ma forme
esthétique privilégiée :
l’Entretien.
Il s’agit toujours de donner forme
à une relation.
Mon engagement esthétique
ne veut aller que dans cette direction.

Merci à Raphael Steinitz, Benjamin Croze,
Adrien Le Grand, Lucas Bouneou.
Danseur à l’Opéra de Rome sous
la direction de Maya Plisetzkaya,
Alberto Sorbelli s’installe en France
en 1986 et s’inscrit à l’École
nationale supérieure des Beaux-Arts
de Paris en 1989 dans un atelier
de peinture.
    Il vit et travaille à Paris,
Rome, New York et Mysore. Il vit
ses quatre identités : le secrétaire,
la pute, l’agressé, et le fol
qu’il introduit dans des musées
où le système médiatique soulignant
l’ambivalence des relations
d’échange dans la société et le milieu
artistique.
    Il apparaît, pour jouer
son propre rôle, dans les deux films
de Judith Cahen, La croisade
d’Anne Buridan
et La révolution
sexuelle n’a pas eu lieu
.
    En 1993 il met en scène
le symposium Esthétique
de la Prostitution
dans la chapelle
des Petits-Augustins des Beaux-Arts
de Paris.
    En 1995 il participe
à l’exposition Fémininmasculin
au Centre Georges Pompidou
à Paris avec Broadcasting Agency
(Just for Cynthia CD Rom).
En 1998, il se met en scène dans
l’Agressé au Musée Guggenheim
de New York et en 1999
à la 48e Biennale de Venise.
    Depuis les années 2000,
Alberto Sorbelli produit des séries
de dessins, réalisés simultanément
à deux mains, parfois les yeux
fermés. L’artiste propose un univers
imaginaire d’insectes, de fleurs
ou d’autres compositions érotiques
ou abstraites, comme de véritables
projections mentales. Il met
également en scène divers projets
théâtraux comme Esthétique de
la folie
et le Bal Rêvé.
    En 2003, il crée Esthétique
de la spéculation
.
    En 2012, Alberto Sorbelli
joue dans le film Superstar de
Xavier Giannoli avec Kad Merad
et Cécile de France. Il y joue
son propre rôle.
16h
Pause
14h30
Dialogue Adel Abdessemed et Hélène Cixous
Réponds, sable !
Adel Abdessemed et Hélène Cixous Réponds, sable !
La phrase-devise d’Adel Abdessemed :
« Je suis innocent ». Une phrase qui perdrait
son innocence si elle n’était pas la fanfare
même de l’Enfance. Parole d’enfant. Parole
du Promeneur Solitaire. Il faut vraiment
être improbablement, incontestablement,
« innocent » pour affirmer « Je suis innocent »,
sans être menacé de déni et d’aveuglement.
Il faut avoir la puissance indemne de ce bébé
surnaturel qui m’est confié en rêve et dont
les exploits sont mythologiques. Il a l’air
de sortir du ventre du ciel, la tête la première.
Et au lieu d’un cri, il pousse un grand rire.
Adel a filé à l’avenir, avant que les filets auxquels
l’artiste veut échapper se soient refermés
sur lui, avant que la religion, le nationalisme,
les autorités et institutions, ne l’aient capturé,
il a refait le même trajet que l’artiste joycien
se tirant d’Irlande par air, mer, terre, pour aller
faire œuvre ailleurs. À quoi reconnaît-on
un artiste ? À son art du départ. Il ne se pose
que le temps de dessiner, sur son atelier-rocher,
puis sitôt la fécondation opérée, il reprend
les airs. À Adel il a été accordé la force et
la chance du savoir-partir avant la pétrification,
avant la paralysie, avant la glaciation
des pulsions. Se-tirer-de-Batna, comme
le pluvier joycien se tire de Dublin dans Ulysses.
C’est son premier acte de souveraineté,
sa première signature. Plus tard il devient
le poète compassionné des fugitifs. Ces peuples
qui sont prêts à mourir sur une barque trouée
pour s’arracher au bagne natal, ces cargaisons
d’âmes qui sont décidées à risquer la mort pour
s’évader de la mort, il a été destiné à s’en faire
le chantre au charbon. Un jour il aperçoit
l’embarcation « Fatalité » chargée de sacs
poubelles : la métamorphose des êtres
humains en déchets s’effectue sous son regard
prophétique. Heureux l’artiste heureux
qui ne perd pas de vue le malheur. Il est capable
de mettre le feu à la poussière. Il vole la vie
à la mort.
Écrivain, auteur dramatique,
essayiste, Hélène Cixous, auteur
d’une œuvre importante
comprenant une soixantaine de
titres, s’est aussi beaucoup intéressé
à l’art. Elle a publié Voiles avec
Jacques Derrida en 1998, avec
des dessins d’Ernest Pignon Ernest ;
en 2005, Le Tablier de Simon Hantaï ;
en 2010, Peinetures qui lit
Rembrandt, Nancy Spero ou Roni
Horn
 ; en 2012, Le Voyage de la racine
alechinsky
, et Luc Tuymans. Relevé
de la mort
 ; en 2014, Insurrection
de la poussière – Adel Abdessemed
.
    ■
Adel Abdessemed est un artiste
français né en 1971 et résidant
à Londres. Il étudie à l’École
régionale des Beaux-Arts de Batna
et d’Alger (1987-1994), avant
de se rendre en France où il se forme
à l’École nationale des beaux-arts
de Lyon (1994-1998). Résident
de la Cité internationale des Arts
de Paris en 1999-2000, il part
ensuite un an à New York en
résidence au P.S.1 Contemporary Art
Center. L’artiste a également vécu
et travaillé à Berlin (2002-2004).
En 2016, Adel Abdessemed est
l’artiste invité du Festival d’Avignon
où se tiendront une exposition
et des rencontres intitulées Surfaces.
Cette même année l’organisation
Bold Tendencies lui passe
commande d’une œuvre dans
le cadre de son programme
artistique à Peckham (Londres).
En 2015, il fait partie des artistes
exposés à la 56e Biennale de Venise,
All The World’s Futures,
ainsi que dans Picasso.mania
au Grand Palais à Paris.
Son exposition personnelle Jalousies,
complicités avec Jean Nouvel
s’est clôturée le 31 janvier à Vence.
Son exposition au Cac Malaga,
Palace, fut quant à elle visible
jusqu’en juin 2015. En 2012,
son œuvre fut l’objet d’une grande
rétrospective au Centre Georges
Pompidou à Paris, intitulée
Adel Abdessemed Je suis innocent.
Citons aussi les expositions Situation
and Practice
au Mit San Francisco
en 2008 et Dead or Alive au
Moma P.S.1 en 2007. Ses œuvres
sont présentes dans d’importantes
collections internationales telles
que le Musée d’art moderne
de la ville de Paris, le musée d’Israël
à Jérusalem, le Musée d’art moderne
et contemporain de Genève,
le Centre Georges Pompidou à Paris,
la Fondation François Pinault
à Venise, ou la Fondation Yuz
à Shanghai.
17h30
Q/R des intervenants de l’après-midi
18h
Radio BAL, la webradio des Beaux-Arts de Paris
Radio BAL
La webradio des Beaux-Arts de Paris
contribue au colloque.
Jusque 19 h,
retrouvez l’équipe de la radio sur scène
pour des interventions artistiques
sonores.
Devant le nombre important d’inscriptions,
celles-ci ne peuvent plus être prises en compte.
L’accès reste libre,
dans la mesure des places disponibles.
Beaux-Arts de Paris
Standard téléphonique
téléphone 01 47 03 50 00

Département du développement
scientifique et culturel
Chef du département
Kathy Alliou
kathy.alliou@beauxartsparis.fr
téléphone 01 47 03 50 69
Beaux-Arts de Paris
Palais des Beaux-Arts
13, quai Malaquais
Paris 6e

Métro
ligne 1
Louvre-Rivoli
ligne 4
Saint-Germain-des-Prés
ligne 7
Pont-Neuf

Bus
ligne 24
ligne 27
ligne 39
ligne 95
Pont du Carrousel –
Quai Voltaire
ligne 39
ligne 95
Jacob

Vélib
station nº6001 5, quai Malaquais
Opus 64
Valérie Samuel, Aurélie Mongour
a.mongour@opus64.com
téléphone 01 40 26 77 94


Beaux-Arts de Paris
Tanguy Grard, Isabelle Reyé
isabelle.reye@ensba.fr
téléphone 01 47 03 54 25
Bérénice Angremy
Pierre Apraxine
Sarina Basta
Christine Cayol
Anne Dreyfus, Le Générateur
Donatien Grau
Alexis Hoang
Mouna Mekouar
Guillaume Paris,
artiste et professeur

Et les traducteurs
qui ont bien voulu apporter
leur soutien au projet.

Tous nos remerciements
à Alberto Sorbelli
pour les dessins (Confessions, 2014)
du programme.
En partenariat
avec France Culture
et le Quotidien de l’Art

Avec le soutien
de l’ Université de recherche Paris Sciences et Lettres (Psl)
d’ Artistik Rezo
et de l’ Hôtel du Danube
Ministère
de la Culture et
de la Communication